Je me permets, en passant d’indiquer ainsi que les initiales d’Alexandra David-Néel font A.D.N…. une formule qui convient bien à cette boule d’énergie morte à plus de cent ans !
Ensuite, je m’inscrirai en faux contre tous ceux qui viennent de prétendre que le Soleil d’ADN ne fait aucun aspect : il en fait un, et essentiel, à la Lune noire ! Ça tombe bien, puisque je suis là pour parler un peu d’elle !

Alexandra, c’est un sacré bonhomme ! Une personnalité étonnante, peut-être pas tout à fait sympathique mais puissante, impérieuse, fascinante. La structure élémentaire de son thème fait apparaître une dominante Feu et Eau, avec toutes les contradictions que ça implique : la locomotive de feu, puissante, déterminée, allant jusqu’au bout de ses projets fous, soutenue, bien sûr, par l’énergie psychique du Scorpion ; et en même temps, cet élément Eau, essentiellement psychique, intériorisée, plus sensible qu’il y paraît, donnant accès à l’inconscient et à l’espace intérieur ou spirituel. Cette dualité de la structure élémentaire renforcera évidemment la dualité de sa structure Scorpion-Balance. Le Scorpion est fasciné par l’expérience de l’invisible, par la métaphysique, a besoin de se dépasser, résiste à tout, vit pour la transcendance, parfois sadique ou destructeur, mais capable de sublimations prodigieuses. Sa résistance physique vient bien plus de sa psyché que de son corps. En outre, son Soleil en I équivaut à un troisième signe, le Bélier qui, lui, a de la force et du courage, physiquement. La Balance est, de son côté, dans cet étrange conflit entre la séduction le charme… et la rigueur. Signe complexe par excellence, masculin là où Vénus le rend féminin, alors que le Scorpion est féminin, là où Pluton le rend masculin…
La Balance, c’est sa part musicienne, artiste lyrique ayant chanté les rôles titres au Tonkin et ailleurs, séductrice capable d’obtenir de ceux qu’elle approchait, mari ou lamas, ce que son « Scorpion » avait décidé d’obtenir. Mais son Soleil au trigone de Lune Noire représente sans doute sa part la plus authentique, la plus dépouillée, la plus vraie et celle qui lui a permis, sans tricher d’aller vivre pendant des mois dans des conditions physiques et morales extrêmement dures. Là est sa vérité essentielle.
Si le directeur de l’Opéra avait écouté les recommandations de Jules Massenet, Alexandra serait peut-être restée chanteuse lyrique toute sa vie. Mais quelque chose, de toute façon, se serait produit lorsque Uranus est arrivé en face de lui-même où son destin, de toute façon, devait basculer. Personnage courageux, aventureux, difficile et impérieux, habile en même temps et ensorceleuse à sa manière. Il lui fallait un homme double Verseau pour supporter cette épouse fantôme l De temps en temps, il lui écrivait : « J’aimerais bien que vous reveniez, tout de même ». A quoi elle répondait : « Je reviens, mon cher grand ami, mais je fais un petit crochet par l’Amérique, envoyez-moi de l’argent ». Et il s’exécutait. Alexandra n’aimait pas les hommes, leur trouvait l’odeur trop forte mais au début de son mariage, elle n’a pas pu masquer sa jalousie. Philippe Néel était bel homme et séduisant et elle ne supportait pas l’idée qu’il ait eu d’autres femmes dans sa vie ou plus exactement qu’elle ait pu être mise sur le même pied qu’elles. Par exemple, elle lui avait demandé si les lettres qu’elle lui avait adressées avaient ou non été mélangées à celles de ses conquêtes et, bien sûr, en homme prudent, Philippe avait menti. Elle avait retrouvé un paquet de lettres d’amour mélangées aux siennes. Ce qui était intolérable à cette femme orgueilleuse.
Alexandra, par ailleurs, était une fugueuse… de naissance. Ce côté fugueur, elle l’a en effet manifesté très tôt, vers six ou sept ans où elle est partie pour l’Angleterre toute seule, appelant ses parents pour qu’ils lui envoient l’argent de retour. Déjà, elle avait pris le pli. Ce côté de sa nature, rebelle et désobéissante, on peut le voir dans sa Lune Noire fin de IV avec la Lune en Verseau en IV (conjointe, d’ailleurs, au Soleil de sa mère). Elle se montre d’ailleurs très injuste envers cette mère dont elle dit qu’elle avait l’esprit mesquin et petit bourgeois, intolérant… alors que cette pauvre mère, l’ayant eue tard, était sans doute débordée par le caractère de cette fille peu ordinaire, par ses fugues, mais qui avait accepté son amant chanteur, Jean, sans faire d’histoires. Le père était préféré et ADN s’était fortement identifiée à lui (Soleil en I trigone Lune Noire). Avec son opposition Lune Noire-Mars, Alexandra était en conflit permanent avec sa mère. D’où ses fugues et rébellions diverses. Lorsque Uranus opposé à lui-même est arrivé en IV sur Lune et Lune Noire, elle est partie « pour de bon », comme souvent les êtres qui ne trouvent pas confortables leur « giron » maternel ; il y a une analogie entre la maison, la mère, le giron, le lieu de vie. Son Soleil en I analogue au Bélier lui vaut son énergie, son esprit aventureux. Il fallait à l’époque ne pas manquer de courage, en effet, pour s’aventurer dans ces terres inconnues de tous, au sommet du monde, pour entrer dans la ville interdite de Lhassa déguisée en homme. Même si elle a un caractère de chien, on lui reconnaîtra cette vertu rare et précieuse. Elle ne se défendait d’ailleurs pas du tout de ce mauvais caractère. Ainsi dans la fameuse citation où Marie-Madeleine lui dit : « Je dirai au monde que vous étiez un despote effroyable », elle répond en riant : « Je te fais confiance, tu diras la vérité ; tu ne me feras pas passer pour une de ces doucereuses… ». Cette énergie, tout le monde la percevait et Madeleine lui disait aussi : « Vous avez une telle curiosité de ce qui se passe de l’autre côté que c’est ça qui doit vous tenir en vie ! ».
Donc ce Soleil en I, cette dimension Bélier qui se surajoute à la dimension uranienne et Scorpion (renforcée par Pluton en VIII) fait qu’elle ose, prend des risques. Doublé encore par ce Mars en Lion triomphant au Milieu du Ciel, autoritaire et superbe. Uranus en outre l’empêche de supporter la moindre contrainte. Personne ne peut l’emprisonner. On voit comment elle devait échapper au modèle courant ! Ses dominantes sont nombreuses et contradictoires ; Uranus et Mars sont ici aussi importants que le Soleil, la Lune ou Neptune, ou que la Lune Noire reliée au Soleil. De quoi faire des personnalités dominantes et complexes, subtiles et puissantes. Alexandra, avec Lune Noire trigone Soleil, n’est pas complaisante envers elle-même, elle est lucide, totalement, et ne se fait pas de cadeau à elle-même ; trop honnête pour se mentir à elle-même, même si elle triche un peu de temps en temps pour obtenir ce qu’elle veut ; pour elle, la fin justifie les moyens. Quand elle veut se faire initier par un certain lama, elle parvient à le convaincre de « rempiler » pour trois ans alors qu’il a « pris sa retraite ». Et sans doute elle est passée par une initiation authentique, a conquis des pouvoirs et acquis des connaissances exceptionnelles. Il y a authenticité de son expérience même si le terme de mystique ne lui convient sans doute pas. Mais la volonté de dépassement d’elle- même, nul ne peut la contester. Sa passion de la découverte, (Lune Lune Noire en Verseau, Uranus en X et Soleil Scorpion) tout cela l’a menée par les chemins les plus arides. Il y a en elle cette part d’ombre et de lumière Soleil/Lune Noire. Ce besoin de dépasser toutes les frontières.
La Lune Noire joue bien sûr à plusieurs niveaux, notamment dans sa vie affective. Son mariage marqué par Neptune en VII lui donne du flou, de l’irréalité, un caractère très particulier. Et sans doute peut-on superposer à ce Neptune ses liens privilégiés avec lamas et maîtres authentiques. Je ne crois pas à une Vénus en XII mais – ce n’était pas une oie blanche ni une femme qui a eu des aventures secrètes. En XI, en revanche, elle peut indiquer l’amitié avec son « grand ami » de mari et peut-être certains liens amicaux privilégiés avec certains êtres d’exception. Et la chance qui lui a permis de ne pas être abandonnée par Philippe, même au bout de treize ans d’absence !
L’aspect initiatique de sa démarche, on peut aussi la lire dans son aspect Soleil-Lune Noire, puisque cette dernière nous parle essentiellement d’initiation. L’initiation, c’est aussi la peur, la douleur, le manque, la fatigue, la faim, la soif, les ennuis physiques qui l’ont assaillie plus d’une fois. Même si, quand elle avait 101 ans et avait fait renouveler son passeport, elle disait : « Si je ne peux plus marcher avec mes jambes, je marcherai avec les mains ! ». Volonté indomptable, stimulée par un aiguillon intérieur absolu : voilà Alexandra.
Je crois aussi qu’il y a eu un être dans sa vie dont il faut parler et qui a à voir avec cette Lune Noire pointe de V. Il s’agit de Jongden, le jeune lama Sagittaire qu’elle a rapté et qui lui a enseigné le pâli, qui l’a continuellement aidée dans ses traductions, lui a enseigné les langues du Tibet que son oreille musicienne l’aidait sans doute à apprendre. Elle a ramené Jongden en France à l’âge de 14 ans. Elle l’a presque emprisonné ; c’est-à-dire que ce pauvre garçon plein de santé a été castré par elle. Elle lui avait interdit de s’approcher des femmes, disant que c’était vraiment du temps perdu, qu’il avait mieux à faire. Quand Jungden est mort, à 56 ans, donc infiniment plus jeune qu’elle, elle a pour la première fois de sa vie manifesté un vrai remords. Elle a eu conscience de s’être peut-être montrée comme une mère abusive avec ce pauvre Jongden mort sans doute bien frustré. Je dirai qu’elle a en quelque sorte utilisé sa Lune Noire en IV/V pour sacrifier l’enfant, enfant qu’elle n’a jamais eu elle-même, comme elle a refusé le contact des hommes qu’elle n’acceptait qu’exceptionnels, uniques, plus grands et savants qu’elle ; ce « couteau du sacrifice » est tombé sur la tête du jeune lama et cela, elle en a eu conscience et a dû en être hantée longtemps. Alexandra était un personnage trop puissant pour faire vraiment de la place aux autres. Sa seule passion : l’initiation.
Samuel Djian-Gutenberg disait tout à l’heure que la compassion avait manqué à cette femme. Mais justement, Jongden était appelé « Océan de compassion » (alors qu’elle était « Lampe de sagesse »). Mais le bouddhisme n’exige-t-il pas le détachement plutôt que la compassion et Jongden n’a-t-il pas occupé cette fonction de compassion en son lieu et place à elle ?
Cette Lune Noire qui chevauche la cuspide de la maison V, à mon sens, joue donc sur les deux secteurs. Si dans la IV elle parle de fugue, de refus du foyer et de la famille, d’errance, dans la V elle parle du refus d’enfant et, selon les cas, d’une « dé-narcissisation » ou d’une exigence narcissique qui ne peut que s’exprimer par une quête d’absolu. On se déteste ou on se veut parfait… Ici, Alexandra exprime son rapport permanent à la transgression, au refus, au « non » et ne peut se satisfaire que d’un moi délibérément orienté vers la transcendance, distinct, singulier, différent des autres. Avec, de surcroît, un Uranus au Milieu du Ciel, il ne lui était pas très difficile de se marginaliser, d’affirmer sa singularité. Par ailleurs, avec son trigone de Mercure en Scorpion à Uranus, on voit se renforcer l’originalité de pensée, la créativité, le non-conformisme intellectuel et la curiosité du « chercheur » jamais rassasiée. Mercure, on l’a vu, est en II et proche de Saturne : Alexandra est une bosseuse, assez maligne pour toujours se débrouiller sans beaucoup d’argent ; il ne lui en faut guère que pour ses déplacements puisque, au quotidien, elle a peu de besoins. Par ailleurs, même si elle demande l’aide de son « grand ami » de mari, elle gagne tout de même de l’argent par ses articles et ses livres. Saturne en II maître de III et Mercure en II maître de IX sont à cet égard suffisamment parlants (argent lié à l’écriture d’un côté, aux voyages de l’autre).
Je voudrais encore dire un mot des images symboliques que j’utilise et qui sont souvent surprenantes. C’est à cause d’elles que je place l’Ascendant d’Alexandra à 13° de la Balance : il y est question d’un pilier brisé sur lequel on peut lire les mots bonheur et malheur suivis d’un point d’interrogation, tandis qu’un homme et une femme se séparent, prenant chacun une route différente. Symbole de séparation « géographique » mais aussi d’éloignement intellectuel, affectif ou spirituel, tandis que la première partie de l’image renvoie à des préoccupations philosophiques, aux grandes interrogations humaines. Son Soleil est sur une image où il est question d’un « décor à l’orientale », or sa vie a été entièrement marquée par l’Orient, même la première partie qui l’a expédiée au Tonkin, par exemple. Mercure est sur une image de colère, de combat et Saturne sur un degré d’observation (il y a une tour de guet et un homme qui s’y trouve, une hallebarde sur l’épaule). Remarquable observatrice, elle fut une excellente journaliste, un reporter témoin d’un univers qu’à l’époque personne ne connaissait. Elle a véritablement ouvert le Tibet à l’Occident. Jupiter fait référence, à 6° du Bélier, à un homme en train de gravir le sentier escarpé d’une montagne d’où il regarde fièrement la vallée qui se trouve en-dessous. Des montagnes, elle en a gravi des kilomètres… La Lune est sur une image représentant un homme qui n’a pas peur du danger ; elle parle de courage, de provocation et d’affrontement. Neptune se trouve sur un degré révolutionnaire et Pluton sur l’image de quelqu’un qui peut être contesté ou discuté. Or, elle a été critiquée, admirée, louée, etc. Uranus est sur un degré d’illumination, d’un homme avançant sans peur vers une route inconnue ! Quant à Mars, à 12° du Lion, c’est un degré de lecture et d’écriture. Ces images symboliques – je ne vous les donne pas toutes dans le détail, parce que ça prendrait trop de temps – sont toutes intéressantes et vont toutes dans le même sens, celui de sa recherche, de son destin.
Le thème de son père

Le thème de sa mère

Le thème de son mari

Pour ceux que cela intéresserait, je vous propose les dates et heures de naissance des parents d’Alexandra David-Néel. Son père, Louis David, est né le 5 juillet 1815 à 3 h à Tours (ét. civ.) ce qui place son Soleil très près de l’Uranus d’Alexandra et c’est peut-être aussi pourquoi elle a adhéré aux idées de son père auquel elle s’est identifiée plus qu’à la mère, assurément. Elle a d’ailleurs conservé le « nom du père », ce que je trouve intéressant, avec un Soleil en maison I (même après son mariage). Sa mère, Alexandrine, est née à Bruxelles le 30 janvier 1832 à midi, heure venant des archives de Bruxelles. On se rappellera que la mère a son Soleil conjoint à la Lune d’Alexandra et donc opposé au Mars de sa fille, d’où les affrontements inévitables. Quant au mari, Philippe Néel, Verseau asc. Verseau, il a son Soleil sur la Lune Noire d’Alexandra ; heureusement pour elle, il a été fasciné par cette femme étonnante et toujours inaccessible, véritable image d’Anima, avec laquelle, sans doute, il aurait eu du mal à vivre le quotidien !
(conférence donnée lors du congrès de l’ARRC 1994 ayant pour thème Jupiter et l’interprétation)


